Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 22:29

 

 

 

 

Un grand débat sur l'identité nationale : en prenant cette initiative, Nicolas Sarkozy vient de commettre une faute morale et politique. Non que la question de l'identité de la France ne mérite pas d'être revisitée et débattue. Au contraire : vieille nation pétrie de politique et imprégnée d'histoire, la France s'interroge, à tort ou à raison, sur son avenir, ses valeurs, sa place dans un monde global, son rôle dans un temps qui s'accélère, le sens de son existence.

Ce sont les arrière-pensées du président de la République qui sont là en cause : choisir de lancer cette question sur la scène publique comme on jette un atout sur une table de jeu, l'instrumentaliser dans le but de séduire les électeurs du Front national, avec l'espoir secret de déstabiliser une gauche censée se trouver mal à l'aise avec ce sujet, et cela à quelques mois d'élections régionales qui s'annoncent serrées, bref avoir recours à ce qui est une manoeuvre, tout cela n'est pas digne. Ni de l'enjeu collectif, ni de la fonction présidentielle, ni des Français. Et comment qualifier la provocation consistant à faire référence de façon transparente à l'idéologie de Vichy, si ce n'est de perverse ?


Quand on aime son pays, quand on connaît son histoire, quand on est soucieux de la concorde publique, quand on veut que chaque citoyen se sente respecté - quelle que soit son origine -, quand on prétend enfin raffermir le sentiment national, on ne procède pas de la sorte. Le risque est trop grand de blesser les consciences personnelles et, au-delà, la conscience nationale. En regard de ce risque, le gain électoral escompté est méprisable.

Nous sommes deux fils d'immigrés, réfugiés espagnols ayant quitté leur pays pour vivre mieux et d'abord librement. Elevés par nos parents dans l'amour de cette nouvelle patrie, enfants de l'école et de la République auxquelles nous devons tout et que nous chérissons plus que tout, nous servons notre pays de notre mieux.

Pas une goutte de "sang gaulois" dans nos veines - celui invoqué par les calomniateurs de Blum et de Mendès France. Nous ne sommes pas français par le sang reçu, mais par la naissance, le travail, par l'éducation, par la sueur versée. Par le droit du sol - un des fondements de notre identité nationale. Comme tant d'autres. Comme des millions de femmes et d'hommes, Polonais, Italiens, Portugais, Algériens, Sénégalais, ayant choisi de placer leurs vies et celles de leurs enfants sous l'aile de la France.

Initiative pernicieuse

Fiers de vivre dans un pays couvert d'un "manteau blanc d'églises" et de cathédrales qui abrite une des plus vieilles communautés juives d'Europe et dont la deuxième religion s'appelle l'islam, nous sommes viscéralement attachés à la laïcité qui est l'âme de la République. Socialistes et internationalistes, nous sommes indéfectiblement attachés à la nation et profondément européens - par nos racines comme par nos convictions.

Pour nous, pas d'opposition entre notre patrie et notre idéal. Nous voulons construire l'Europe sans défaire la France. Nous ne sommes pas de la gauche qui ricane ou qui soupire quand elle entend les mots de nation ou de patrie. Pour toutes ces raisons, nous sommes politiquement et personnellement heurtés de cette initiative pernicieuse, de ce mauvais coup porté à la France, un coup qui nous blesse.


Nous aimons notre pays, et instruits de Victor Hugo nous croyons avec lui qu'à la beauté d'Athènes et à la grandeur de Rome, la France peut, quand elle le veut, ajouter la bonté et la justice. Mais l'amour d'un pays, pas plus que celui d'une personne, ne se commande. Il se ressent ; il peut, aussi, être transmis. Encore faut-il que l'égalité soit plus qu'une incantation, que la ségrégation sociale soit combattue, que certains ne se sentent pas abandonnés par leur pays quand d'autres se retrouvent douillettement à l'abri du bouclier fiscal.

Nous aimons chanter La Marseillaise - et pas seulement avant les matchs de l'équipe de France -, mais nous ne voulons pas que l'on dise à qui que ce soit quand et où l'entonner. Nous aimons l'identité de la France, c'est-à-dire sa culture, son histoire, sa langue, ses paysages, sa littérature ; c'est-à-dire aussi sa recherche scientifique, sa création artistique, sa jeunesse ; c'est-à-dire surtout les femmes et les hommes qui l'ont construite au fil des siècles, vagues d'immigrations successives venues se fondre dans le creuset national. La France est un alliage et son identité est mêlée. L'identité de la France est un patrimoine vivant. Que cette identité soit précieuse, nous l'affirmons. Qu'elle doive être défendue, nous en convenons. Qu'elle soit manipulée, nous le refusons.


Aquilino MORELLE

Professeur associé à Paris I Panthéon-Sorbonne

Maître de Conférences à Sciences-Po Paris

Ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon

 
Manuel VALLS

Député de l’Essonne

Maire d’Evry

 

 

 

Par o temps des cerises
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /2009 22:14

Organisation de primaires au sein du PS, ouverture vers le Modem : en cette rentrée, deux des dimensions de la crise socialiste - le leadership, les alliances - sont abordées. Tant mieux. Quelles que soient les opinions de chacun sur ces sujets, ces débats sont légitimes et importants. Et pour les éclairer, il nous faut ressaisir la trajectoire politique du PS, en nous arrêtant sur le 21 avril 2002.


Sept années après la sortie de Lionel Jospin de la scène politique, ce qui - selon la formule consacrée - caractérise la crise de leadership du PS, ce n’est pas le vide, mais le trop-plein… Ce qui revient au même. Au regard des alliances, on est passé de la désunion de la gauche plurielle à une situation où, affaibli, le PS se voit contester la position centrale qui était jusque-là la sienne au sein de la gauche. Quant au fond idéologique, le seul résultat officiellement obtenu en sept ans aura été de qualifier le socialisme de «réformisme de gauche», c’est-à-dire énoncer une tautologie…


Cet échec est collectif. L’essentiel, pour tous les socialistes, est donc de s’interroger honnêtement sur les raisons de leur affaiblissement. Et pour cela, de revenir - lucidement, mais sans masochisme - sur la signification réelle du séisme politique de 2002. Un séisme dont l’onde de choc continue de se faire sentir. Un séisme dont les répliques auront été la fracture du PS après la consultation interne de 2004, le décalage avec son électorat lors du referendum de 2005 sur le projet de traité constitutionnel européen, l’échec à la présidentielle de 2007, celui aux récentes élections européennes enfin.


Le 21 avril 2002 conservera toujours une part de mystère. Et comme tout événement historique, il a sa part de contingence. Toutefois, sa violence même et surtout la gravité et la pérennité de ses conséquences sont les indices de ce qu’il tire sa puissance de causes profondes, à l’instar d’un geyser dont la hauteur dépend mécaniquement de la profondeur de sa source. L’ampleur de l’événement révèle son enracinement dans l’histoire du PS. En l’occurrence, trois fins de cycle se sont superposées pour aboutir à la déflagration que l’on sait.


En premier lieu, la fin de la parenthèse électorale qu’a représentée la victoire surprise, et acquise de justesse, de la gauche plurielle en 1997. Un succès fragile, obtenu au terme d’une campagne qui vit les socialistes rassemblés sous l’autorité de Lionel Jospin, un premier secrétaire menant la bataille politique avec une maîtrise qui lui ouvrit les portes de Matignon. Cinq années de gouvernement dont on mesure aujourd’hui qu’elles constituèrent un temps de résistance dans la longue séquence libérale que fut la fin du XXe siècle.


Puis, la fin du cycle d’Epinay, ouvert en 1971 par la création du PS. Construit et maintenu par la volonté et la supériorité politiques de François Mitterrand, ce parti, une fois son fondateur disparu, et une fois l’héritier politique de celui-ci retiré de la vie politique en 2002, n’a plus connu de véritable animateur. Il est alors devenu un corps sans tête, aussi gros de ses succès électoraux locaux que vide de pensée et de projet.


Enfin, et surtout, troisième mouvement de fond, décisif : la fin du mitterrandisme. Ce terme étant entendu ici comme la révision du socialisme à l’épreuve de la réalité - en l’occurrence la réalité de l’Europe. Pour sortir de la nasse de la «contrainte extérieure» (c’était là le nom que l’on donnait alors à la mondialisation de l’économie), François Mitterrand a fait, en 1983, le choix de l’Europe. Un choix dicté par les circonstances, mais répondant à ses convictions intimes. Un choix qui fut présenté comme une solution à la crise que traversait le socialisme de gouvernement en France. Un choix qui permit effectivement, dans un premier temps, de nous donner un second souffle. Un choix qui conduisit progressivement de nombreux socialistes à adopter un credo de substitution au socialisme : la construction européenne. Et cela alors même que ce choix plaçait le socialisme au cœur d’une redoutable contradiction. Une contradiction fondamentale, aussi simple à énoncer que difficile à dénouer.


D’un côté, le niveau européen est aujourd’hui le seul où les enjeux dont le socialisme doit se saisir peuvent être réglés. Qu’il s’agisse de la question écologique, de la régulation économique et financière du capitalisme ou de la mondialisation des mouvements migratoires, seule l’Europe offre la masse critique nécessaire pour agir efficacement.


De l’autre, l’Europe telle qu’elle existe n’est pas un cadre politique et juridique «neutre», qui permettrait à une vision socialiste de se déployer. A cela, une raison simple : le code génétique de l’Europe est libéral. Un code génétique contenu dans le traité de Rome de 1957. Un code génétique dont les étapes ultérieures de la construction libérale de l’Europe n’auront été que l’expression. Acte unique européen (1986), traité de Maastricht (1992), traité d’Amsterdam (1997), projet de traité constitutionnel européen (2005), traité de Lisbonne enfin : tous ces moments politiques de la construction libérale de l’Europe étaient contenus en puissance dans le traité de Rome.


A la fois cause et conséquence de ce libéralisme constitutif, l’élargissement de l’Europe a aggravé ce donné. Un élargissement qui a conduit à la constitution d’un vaste espace de libre-échange, une zone de basse pression économique, un marché seulement régi par le droit.


La mission historique du socialisme est de maîtriser le capitalisme et, dans le même temps, de promouvoir un modèle de société plus juste et plus rationnel. A la fois agir dans le réel et, pour paraphraser Jaurès, viser l’idéal. Articuler l’action politique réformiste et l’utopie. Pour répondre à cette vocation historique, le socialisme doit se projeter au niveau du seul espace politique désormais pertinent : l’Europe. Pour le dire abruptement, le socialisme du XXIe siècle sera européen ou ne sera plus. Or l’Europe réelle, telle qu’elle a été conçue, voulue et construite depuis cinquante ans, lui interdit dans les faits de se déployer. C’est cette aporie politique que doit affronter le socialisme. Et c’est cette aporie qui explique les affres que connaît la social-démocratie partout en Europe. Ainsi la crise du socialisme européen est-elle d’abord une crise européenne du socialisme. Face à cette crise, deux attitudes sont possibles pour le PS.


S’en tenir au seul cadre national. Dans le meilleur des cas - s’il accomplit le nécessaire travail de retour sur soi et de redéfinition de ses objectifs comme de ses moyens - le PS ne pourra alors redevenir qu’une force politique d’alternance démocratique. Une force de gauche, certes, mais qui ne sera plus à proprement parler socialiste. C’est, consciemment ou inconsciemment, explicitement ou implicitement, l’option déjà prise par nombre de mes camarades.


S’engager dans le combat pour l’édification d’un cadre européen nouveau, susceptible d’accueillir une politique socialiste. Travail titanesque, nécessitant de construire un nouveau Parti socialiste européen, affranchi de tout «accord technique» avec les forces de droite. Travail dont le PS doit prendre l’initiative. A lui de mettre en mouvement les autres partis sociaux-démocrates en Europe : c’est, compte tenu de son histoire et de sa centralité au sein de la famille social-démocrate, sa responsabilité. Il s’agira d’une «longue marche». Mais elle pourra s’appuyer sur les peuples d’Europe. Car, contrairement à une idée répandue par la propagande libérale, ce n’est pas parce qu’elle serait «trop à gauche» que les citoyens européens se détournent de la social-démocratie, mais parce qu’à l’inverse, ils ont le sentiment qu’elle ne l’est plus assez. Qu’elle a, en particulier, renoncé à se battre contre l’indécente explosion des inégalités sociales et contre l’insolence de ceux qui tentent de la justifier.


Le socialisme français doit choisir de mener ces deux combats à la fois. C’est indispensable sur le plan moral : à quoi servirait un PS ayant renoncé à son identité et à défendre ceux qui légitiment son existence, parce qu’ayant fui ses responsabilités européennes ? C’est nécessaire sur le plan politique : d’abord, parce que la victoire nationale ne sera possible que si les citoyens perçoivent un réel changement de ligne européenne du PS ; aussi parce qu’en retour, le combat européen peut se nourrir de la force acquise par la conquête du pouvoir.


Transformer profondément le PS, pour lui permettre de redevenir un parti crédible, attractif, cohérent et donnant confiance aux Français. Un parti capable de reconquérir le pouvoir en France et d’y conduire alors une politique de justice. Dans le même temps, s’engager dans la grande bataille européenne afin de faire naître un nouveau cadre politique et juridique. Telle est la mission de la nouvelle génération qui doit maintenant préparer l’avenir du PS.

 

Par AQUILINO MORELLE professeur associé à Paris-I, ancienconseiller politique de Lionel Jospin à Matignon.

Par Frédéric
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Mardi 8 septembre 2009 2 08 /09 /2009 22:06


Doit-on enterrer le PS ? Invités par «Libé», Manuel Valls et Aquilino Morelle, deux anciens conseillers de Lionel Jospin, confrontent leur vision du socialisme. Recueilli par Eric Aeschimann et David Revault d’Allonnes.


Annoncer la mort du socialisme. N’est-ce pas prématuré ?

Manuel Valls : Je ne sous-estime ni la force des mots, ni l’attachement aux symboles et à une histoire de luttes sociales. Des générations entières ont associé leur espoir au mot «socialisme». Mais cet attachement justifie-t-il de conserver un vocable quand la gauche a partout échoué à le mettre en œuvre ? A l’origine, Pierre Leroux a inventé ce mot pour faire pièce à l’individualisme : il y a là une dimension collective qui pourrait encore être utile. Mais socialisme a surtout très longtemps signifié socialisation des moyens de production, ce qui est aujourd’hui tout à fait impossible ! Créer une espérance pour le XXIe siècle en utilisant un concept ambigu du XIXe risque de brouiller notre identité. Il faut désormais privilégier la clarté du projet au fétichisme des mots. Un changement de nom serait un signe fort de notre rénovation.

Aquilino Morelle : Je crois que l’idée socialiste reste vivante. Les valeurs qu’elle porte - égalité, progrès, maîtrise d’un destin collectif - sont fortes et pérennes. Et sa mission historique n’est pas achevée : combattre, maîtriser un capitalisme qui devient sauvage lorsqu’il est livré à lui-même ; et proposer un modèle de développement différent. L’actualité du socialisme, c’est de continuer à encadrer le capitalisme tout en défrichant les territoires d’une nouvelle utopie. Une utopie qui échappe à l’«économisme», c’est-à-dire au primat accordé à l’économie. Quant à l’objection sur l’ancienneté du mot «socialisme», je rappelle que le libéralisme est né au XVIIIe siècle et que le capitalisme plonge ses racines dans le XVe siècle… Pas de fétichisme dans mon attachement à ce mot, mais la conviction que l’on ne peut être moderne que si l’on reste fidèle à son histoire.

M.V. : L’événement majeur, c’est l’effondrement du bloc soviétique. Depuis, le socialisme est ce «grand cadavre à la renverse» dont parle Bernard-Henri Lévy. Et «l’idée même d’une autre société est devenue impossible à penser», pour reprendre les mots de François Furet. Cette fin de l’utopie, les socialistes français ont refusé de la théoriser en 1983, au moment du changement de cap économique. Il faut réinventer la gauche en s’interrogeant sur les nouvelles formes de la question sociale et en partant de notre point de clivage fondamental avec la droite. Si la droite envisage les inégalités comme le produit inéluctable de la vie, la gauche les considère comme le résultat contingent de l’organisation sociale. C’est de cette différence essentielle que découleront nos propositions concrètes.

Il faudrait donc «réinventer le socialisme» ?

A.M. : Je suis favorable à revisiter le contenu du socialisme, mais il y a dans la prétention à le «réinventer» une manière d’effacer tout un héritage qui me choque. Manuel Valls évoquait Pierre Leroux : c’est lui qui a forgé le terme «socialisme», en 1830, par réaction non au capitalisme, mais à l’individualisme, déjà. Or, l’individualisme reste l’une des plaies de nos sociétés. Le socialisme, c’est l’émancipation de l’individu, pas le sacre de l’individualisme. Le socialisme, c’est aussi donner à la société une perspective de long terme : là non plus, il n’y a rien à réinventer.

M.V. : La gauche peut concevoir des utopies concrètes (la défense de l’environnement par exemple), mais elle doit renoncer aux utopies grandioses (comme une société sans classes). En outre, je ne partage pas la critique de l’individualisme exprimée par Aquilino Morelle. Jaurès lui même définissait le socialisme comme «un individualisme total et complet» ! Aujourd’hui, la gauche doit assurer par tous les moyens une meilleure distribution des chances pour garantir à chacun les moyens de sa propre autonomie. Son but ultime est d’aider chaque citoyen «à se frayer son chemin» comme le dit Anthony Giddens.

Au moment où l’Etat américain entre dans le capital de groupes privées, pourquoi la gauche européenne s’interdirait-elle de nationaliser ?

A.M. : En 1981, le PS voulait tout nationaliser, et à 100 % ! Aujourd’hui, il s’interdit d’évoquer le sujet. C’est absurde. Nous devrions être capables de proposer des nationalisations dans certains cas. Sans complexe.

M.V. : Le capitalisme est pragmatique et n’hésite pas à appeler l’Etat à sa rescousse quand il en a besoin. Oui, le cas échéant, des nationalisations partielles sont possibles. Si c’est moins cher et plus efficace, il n’y a pas de raison pour se l’interdire. Inversement, quand le gouvernement de Lionel Jospin a fusionné Airbus et Lagardère pour former EADS, ce n’était pas une privatisation, mais la constitution d’un groupe industriel européen.

Pourquoi la social-démocratie européenne n’a-t-elle pas tiré un profit politique et électoral de la crise ?

A.M. : La crise génère un climat d’anxiété et une demande d’ordre favorables à la droite. D’autant plus que celle-ci, par cynisme, nous a volé nos thèmes. Les mêmes qui, hier, étaient les chantres du libéralisme, se présentent désormais comme les apôtres du keynésianisme ! Et puis, la social-démocratie a été victime de son propre succès : ses valeurs ont diffusé, ce qui a dilué son identité. Enfin, elle a été sanctionnée parce qu’elle n’a pas su dénoncer le capitalisme, ses excès et ses dérives, avant la crise. Victime de l’intimidation libérale, elle s’est résignée à l’explosion des inégalités. Elle a baissé les bras et les citoyens européens s’en sont détournés.

Dans «Parti socialiste», il y a aussi le mot «parti», qui renvoie à une forme spécifique d’organisation collective. Faut-il abandonner cette forme ?

A.M. :Ce n’est pas la forme «parti» en elle-même qui pose problème, mais la difficulté du PS à assurer correctement les missions de tout parti : porter un projet, sélectionner ses candidats, faire l’éducation de la population et conquérir le pouvoir. Cette crise du PS a des ressorts puissants.

Le repli : il nous faut renouer le lien avec les syndicats, les associations, les intellectuels, représenter la diversité ethnique, culturelle, professionnelle de la France, s’ouvrir à de nouvelles manières de militer.

Le déni de la réalité : nous avons peur de nous-mêmes, d’utiliser un certain nombre de mots, de prendre certaines positions, nous peinons à trancher les débats.

La pulsion gestionnaire, enfin : trop souvent, les socialistes se sentent tenus d’en rajouter dans une course à la place de meilleur élève de la classe de gestion.

M.V. : L’idée selon laquelle un parti pourrait être, à lui seul, porteur d’un projet clés en main, capable de répondre à tous les problèmes, est condamnée. Le citoyen d’aujourd’hui est beaucoup moins passif et captif qu’hier. Il change d’opinion et va vers ce qui l’intéresse. Regardez ce qu’ont fait les démocrates américains : ils ont su élargir le corps électoral pour leurs primaires et se servir d’Internet pour construire un parti-société qui, du coup, a désigné Obama. Voilà ce vers quoi nous devons aller. Un parti ferme, un mouvement ouvert.

La rupture que vous préconisez est-elle une façon de tourner la page du 21 avril 2002 ?

M.V. : Aujourd’hui, le PS dévore ses enfants. Il y a une génération qui a failli. Il faut qu’elle passe la main. Le 21 avril 2002 agit comme une brûlure, qui continue de produire ses effets. Les années Jospin ont été des années de gouvernement de qualité, très professionnelles, sans scandale, avec une forme de morale dans l’action gouvernementale, mais qui ont manqué de théorisation, d’un accompagnement en termes de projet et d’idées. Nous avons bien géré, mais sans créer une perspective, sans redéfinir ce qu’était le socialisme ou la social-démocratie à la française.

A.M. : Le 21 avril 2002 conservera toujours une part de mystère. Néanmoins, je pense que cet événement a correspondu à la fin de trois cycles. La fin d’une parenthèse électorale, celle de la victoire surprise et acquise de justesse de la gauche plurielle en 1997. La fin du mitterrandisme, c’est-à-dire de la révision de la doctrine socialiste face à la réalité, en particulier européenne, engagée en 1983. Et enfin l’achèvement du cycle d’Epinay ouvert en 1971. Oui, une nouvelle génération doit faire naître un nouveau PS.

Le 21 avril a laissé sans réponse la question du rapport entre le leadership et le projet. Par lequel faut-il commencer ?

A.M. : Il est irénique d’imaginer qu’on pourrait d’abord rédiger un projet, puis choisir un candidat qui le porterait. Un programme, cela nécessite de trancher un certain nombre de points, et donc un leadership. Et l’élection présidentielle structure notre vie politique. Si nous sommes pour un changement de République, il faut le dire et l’assumer. Sinon, il faut être capable d’affirmer un leadership.

M.V. : Depuis 2002, le PS répète : «On va d’abord débattre, on va d’abord faire un projet.» C’est une tartufferie ! Compte tenu de la personnalisation croissante de la vie politique, il n’est plus possible de traiter du leadership après les questions de fond. Ceux qui veulent être candidats sont porteurs de propositions et d’idées. Mais ils s’avancent vers les militants - ou vers les électeurs de gauche en cas de primaires - en affirmant un leadership, c’est-à-dire un style, une manière d’être, une vision pour le pays, une méthode de gouvernement.

Par Frédéric
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Lundi 7 septembre 2009 1 07 /09 /2009 13:41

 

Le socialisme du XXIe siècle, un réformisme radical,

Par Aquilino MORELLE


Selon une figure imposée du débat politique, la priorité serait désormais pour le PS d'"inventer le socialisme du XXIe siècle". Devenue un leitmotiv, cette formule sonne étrangement. En effet, on n'invente que ce qui n'existe pas. Or le socialisme existe. Il a précédé le marxisme et lui survit. Il se bat pour encadrer et maîtriser le capitalisme depuis la naissance de ce dernier au XIXe siècle. Et quels que soient ses traits nouveaux, le "socialisme du XXIe siècle" restera, dans ses finalités comme dans sa philosophie, très proche de ses aïeux des deux siècles précédents.

Dès lors, l'usage récurrent de cette formule semble témoigner de l'envie "d'en finir" avec une doctrine politique jugée caduque, une envie qui agite nombre d'observateurs et même certains socialistes. Formule lénifiante qui nous donne en réalité plutôt à entendre : "enterrer le socialisme du XXe siècle"... Et qui nous donne à penser l'essentiel : une doctrine politique ne s'invente pas, elle se déduit.

Précisément, elle se déduit de trois éléments.


Des valeurs que l'on porte et au nom desquelles on affirme agir, et de la fidélité qu'on leur témoigne, d'où découlent les objectifs assignés à l'action politique.

De la réalité - scientifique, technologique, culturelle, politique, sociale, économique - que l'on souhaite transformer et du rapport que l'on entretient avec cette réalité.

De la méthode politique retenue, enfin.


Les valeurs du socialisme sont pérennes. Né du sentiment de l'égalité naturelle entre les hommes et du refus de l'inégalité de l'ordre social, fondé sur la conviction que l'homme est perfectible et que la société peut et doit être transformée, le socialisme demeure une volonté de justice et une pensée du progrès. La relation des socialistes au réel traduit, elle, une sorte de fatigue collective.

Si, avec Hannah Arendt, on retient que "la pensée politique consiste essentiellement en la faculté de juger", alors, la pensée socialiste souffre de langueur. Europe, fiscalité, immigration, éducation... sont quelques-unes des questions, certes très complexes, que nous peinons à trancher. Complexité qui justifie une longue réflexion et une analyse soigneuse, mais qui ne saurait être l'alibi de la frilosité ou de la tiédeur. Dans cette difficulté à juger de la réalité, la "crise de leadership" ouverte en 2002 joue sans aucun doute un rôle central. Mais c'est dans son rapport avec le réel qu'il faut chercher les causes du malaise persistant de la pensée socialiste.


Il est donc illusoire de s'en remettre à la seule recherche de ces fameuses "idées nouvelles" pour nous sortir de l'ornière. Car les idées, en réalité, ne manquent pas au PS. Ce qui manque, c'est la capacité à choisir entre elles et à les présenter de façon cohérente et articulée en un projet clair et ferme, un projet qui tranche les grands débats contemporains. Ce qu'il faut, c'est donner un sens à ce projet, c'est-à-dire à la fois une direction et une signification.


Une deuxième expression court sous toutes les plumes, agite toutes les lèvres : le PS serait gouverné par un "surmoi marxiste". Et puisque c'est le vocabulaire de la psychanalyse qu'ont convoqué ses auteurs, laissons la théorie psychanalytique éclairer l'analyse politique. Si "surmoi" il y a, alors c'est que pulsion à dominer il y a. En l'occurrence, une pulsion gestionnaire.

Alors même que la droite, depuis trente-cinq ans, a géré le pays de façon souvent médiocre et parfois calamiteuse, nous continuons trop souvent à intérioriser une forme d'infériorité politique et à en rajouter dans la course au titre de meilleur élève de la classe de gestion. Pourtant, nos concitoyens savent qui a vaincu l'inflation des années 1980, qui a modernisé notre appareil industriel, qui a rétabli la paix civile en Nouvelle-Calédonie, qui a su restaurer l'équilibre des finances publiques tout en créant 2 millions d'emplois à la fin des années 1990 : les socialistes ! Ils nous reconnaissent depuis longtemps la capacité à gérer les affaires de la France, et ce n'est pas de ce côté-là qu'il faut chercher les raisons de leur éloignement. Mais plutôt dans le conformisme intellectuel, le manque d'imagination politique, la coupure avec les couches populaires, la pusillanimité qui nous caractérisent parfois.


Ainsi, les socialistes n'ont-ils pas assez dénoncé les perversions du capitalisme quand il était possible et nécessaire de le faire, c'est-à-dire avant "la crise". Maintenant qu'elle est là et que, par cynisme, les zélateurs de la mondialisation heureuse, contempteurs du modèle français, "déclinologues" patentés et donneurs de leçons libéraux entonnent, toute honte bue, l'air du "plus keynésien que moi, tu meurs !", mêler nos voix aux leurs pour dénoncer les dérives du capitalisme nous rend inaudibles. Nous avons beau dire que ce sont nos idées qui étaient justes et que la crise les a validées, nous peinons à convaincre.

Les socialistes doivent enfin reprendre la question de la méthode politique, une méthode souvent définie comme - troisième expression consacrée - un "réformisme de gauche". Définir ainsi le socialisme, c'est énoncer une tautologie. La réforme est en effet le mode d'action des socialistes depuis qu'ils ont accepté l'exercice du pouvoir, c'est-à-dire depuis 1936 et le Front populaire de Léon Blum.


Une fois ce constat posé, on a donc beaucoup dit, mais pas tout. Car ce qui doit caractériser le socialisme, c'est l'intensité de son réformisme. Il y a des réformes fortes, simples, intelligibles par tous, qui transforment une société : ce sont celles-là qui sont attendues des socialistes. Ce sont celles-là qu'ils ont su faire aboutir, en abolissant la peine de mort, en votant la décentralisation, en bâtissant l'union monétaire de l'Europe, en instaurant les 35 heures, en créant le pacs et en promouvant la parité dans l'ordre politique. Ce sont celles-là qu'ils n'ont parfois plus su proposer, lorsqu'ils ont quitté des yeux leur étoile polaire : le volontarisme politique. Ne pas faire preuve de volontarisme pour un socialiste, c'est pécher deux fois : la première contre son idéal, qui impose le combat déterminé contre l'ordre des choses ; la seconde, contre l'identité de la France, vieille nation pétrie de politique et qui en attend encore quelque chose.


Or il existe parfois chez les socialistes une forme de survalorisation des contraintes qui confine à la fascination, voire frôle le masochisme. Le PS doit incarner un réformisme volontariste. Volontariste parce que réaliste. C'est le réalisme qui, plus que jamais, impose l'ambition politique !


A cet égard, la véritable "ouverture" à gauche opérée par Nicolas Sarkozy ne consiste pas dans le détournement de quelques personnalités, mais dans le rapt du volontarisme politique par lui effectué en 2007. Suspecter de façon systématique Nicolas Sarkozy d'arrière-pensées est une hygiène nécessaire. Dénoncer ses rodomontades et ses incohérences est une oeuvre de salut public. S'opposer avec force à sa politique injuste est une obligation. Mais cela ne suffira pas à faire une politique.


Au moment où le séisme économique et financier ébranle les dogmes libéraux les mieux établis, et que s'ouvre ainsi un espace politique, il est urgent de travailler à un socialisme de reconquête. Et, pour commencer, de revoir ensemble le choix des mots qui structurent le combat politique. Il en va de l'identité socialiste comme de notre capacité à gagner les élections et à réussir, une fois revenus aux responsabilités.


Aquilino Morelle, professeur associé à l'université Paris-I Panthéon-Sorbonne, maître de conférences à Sciences Po Paris, ex-conseiller de Lionel Jospin à Matignon

Par Frédéric
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Le but

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Il a pour but de promouvoir les idées socialistes; d'en rappeler et d'en souligner l'actualité; de contribuer à leur rénovation en France et en Europe; d'encourager chaque citoyen, sympathisant ou militant puisse, à travers les diverses contributions de ce blog, à se forger une formation politique personnelle.


Fidèle à l'héritage politique et social de la gauche légué par l'Histoire, ce blog veut, par le débat et l'éducation populaire, participer de la nécessaire reconquête idéologique et politique. Il vise aussi à favoriser l'émancipation intellectuelle et politique des citoyens.


Ce blog se veut l'illustration de ce que l'on ne peut être moderne que si l'on reste fidèle à son histoire.


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